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Bibliothèque à bords perdus

<br> © Atelier Kanal by noAarchitecten Sergison Bates architects EM2N

© Atelier Kanal by noAarchitecten Sergison Bates architects EM2N

La Bibliothèque à bords perdus est un projet mené par le CIVA, dans la perspective de la future implantation de sa bibliothèque à Kanal-Centre Pompidou. En explorant cet outil, le CIVA souhaite lancer une réflexion sur ce que peut représenter une bibliothèque dans le futur en terme de contenu, d’activités et de public.

Dates
Jeudi, 24 septembre, 2020Dimanche, 25 avril, 2021
Heures
08:00 - 20:00
Lieu
Kanal - Centre Pompidou / SHOWROOM +1
Tickets

entrée gratuite

Partenariat
Kanal-Centre Pompidou

Est-ce qu'une bibliothèque est un lieu de lecture ou plutôt de sociabilisation, d’étude, de travail, de formation… rempli de livres ? Et comment l’activer pour toucher un nouveau public ? En ces temps d’incertitude face à l’évolution de notre monde au sein de l’ère de l’Anthropocène, à l'extension continue des champs du savoir et leurs complexes intrications, aux nombreuses propositions alternatives et aux quelques certitudes momentanées, une bibliothèque ne peut plus être un « temple du savoir » qui donne des réponses. Il s’agit surtout d’un espace d’échanges qui propose des documents, un lieu de vie et des activités. Ceux-ci contribuent à enrichir notre réflexion sur nos façons d'habiter le monde, d'appréhender ce qui nous environne et interroger la ville d'hier, d’aujourd'hui et de demain. 

Afin d'offrir une réelle pluralité de choix, la bibliothèque se voudra participative, en adoptant des modalités de médiations variées : sélections de livres (10 books by) par des architectes, scientifiques, philosophes, urbanistes, artistes, entre autre ; avec pour certaines une présentation publique de leur choix (La bibliothèque à bords perdus : Chapter X), open call au public pour nourrir une section de livres à échanger, donner ou suggérer, etc. Aussi, grâce à un dispositif d’ajouts, d’échanges et de reclassement de son contenu, la bibliothèque se transformera chaque jour un petit peu, donnant au public à chaque visite une expérience différente.

L’incongruité de cette présence temporaire constitue un riche terrain d’exploration du monde des idées, de même que la promesse d’une survivance future au sein de l’écrin dessiné par les architectes de l’Atelier Kanal.

 

Habiter le Monde

En raison des disciplines qu'elle couvre − l’architecture, l’urbanisme, le paysage et les écosystèmes urbains − la bibliothèque du CIVA constitue un lieu privilégié pour réfléchir et explorer cette notion qui imprime notre lien intime à l'espace : habiter le monde. 

Comment l’humain a perçu et conçu son lieu de vie au travers les âges ? Depuis quand avons-nous conscience de l’impact que cet acte fondateur peut avoir sur notre environnement ? Quels pourraient bien être les récits fondateurs qui ont porté les villes ? En écrivons-nous de nouveaux pour engager l’avenir ? Étalement urbain ou grosses villes ? Une ville inclusive ou des quartiers exclusifs ? Un lieu de vie pour tout le monde ? Y compris pour les autres êtres vivants qui composent notre paysage urbain ? Mille-pattes, renards et araignées aussi ? Pissenlits, laitues et rhododendrons ?

La fin des idéologies fortes et des grands récits anthropocentristes a progressivement laissé la place à un autre mode de compréhension des territoires habités, composés d’une série d’histoires entremêlées, dont la singularité des strates (et la force des propositions qu’elles portent) est parfois difficile à saisir. C’est un palimpseste que nous avons reçu en héritage, qui nous oblige à « faire avec » pour pouvoir continuer d’avancer dans une réflexion constructive, dont l’intérêt principal sera précisément de reconnaître la valeur potentielle de ce qui existe déjà. 

C’est ce récit-là qui est en train de s’écrire maintenant dont l’enjeu principal consiste à pouvoir formuler des idées à la fois claires et intelligibles, pour autant qu’elles soient en mesure de témoigner de la richesse des multiples agencements qui constituent notre monde. Au sein d’une conception élargie de l’existant, il s’agit de pouvoir relever, produire et accepter de nouvelles réalités, parfois antagonistes ou contradictoires – sans les renvoyer dos à dos ni les noyer dans la vase des consensus mous. Par exemple, la double question de l’Anthropocène (sociale : comment agir, nous humains ?) et de la résilience (matérielle : que faire de ce qui existe déjà ?) va devenir centrale dans l’évolution nécessaire du milieu habité. Comment gérer dès à présent cet antagonisme face auquel nous sommes ontologiquement démunis ?

La description des villes et paysages qui constituent notre environnement a vu ces dernières décennies de nombreux registres explorés pour pouvoir rendre compte de leur grande diversité. Toutes les littératures et iconographies ont été convoquées, afin d’en écrire les multiples facettes. 

Il y a eu entre autres la Strada Novissima à la Biennale de Venise en 1980 (soulignant l’intérêt pour un retour à la ville européenne dont se réclamaient, notamment, Léon Krier et Maurice Culot), précédée de peu par les villes continues et infrastructures planétaires imaginées par les groupes radicaux italiens, anglais et autrichiens (il n’y a jamais qu’une petite décennie qui les sépare).
Peu de temps avant, la proposition développée par Colin Rowe dans son ouvrage Collage City, prônait l’idée d’une coexistence exemplaire entre les modèles classiques de composition urbaines organisées par les espaces ouverts de la ville (les places, les squares et les boulevards, bref tout ce qui constitue « le vide » des agglomérations) et les visions modernistes d’un environnement défini par ses propres objets architecturaux (les espaces alentours résultant des opérations par « le plein »). 

Il y a par ailleurs eu l’existence de réflexions sur un urbanisme presqu’exclusivement lié à la voiture : potentiel de développement d’un art de faire la ville par le détournement des codes liés à la culture Pop émergeant – Robert Venturi, Denise Scott Brown et Steve Izenour avec leur ouvrage Learning from Las Vegas. 

Plus récemment, c’est de participation citoyenne qu’il a été question avant toute autre chose, de même qu’en parallèle apparaissait l’idée d’une réflexion responsable sur le devenir de la planète, au vu des dommages sans précédents causés à l’environnement naturel : la question de l’Anthropocène. Et ces derniers mois, c’est la crise sanitaire qui nous a révélé à la manière d’une loupe grossissante la capacité de résilience (réelle ou supposée) de nos villes, et les problèmes d’inégalité sociale et environnementale. 

Comment dès lors continuer à penser la question de l’environnement bâti dans sa globalité tant il semble constitué d’une foison de réalités, toutes également porteuses d’un projet dont la pertinence est souvent enthousiasmante ? Comment décrire la réalité d’un seul monde à la lecture de ses multiples existences ?